Une diététicienne aborde un mythe médiéval concernant la consommation de fruits après un repas.
Les recommandations diététiques ont considérablement évolué au fil des siècles, mais certaines croyances alimentent encore nos pratiques alimentaires. L’un des mythes les plus persistants est : "ne consommez pas de fruits après le repas". Mais d'où vient cette idée ? Nathalie Negro, diététicienne et responsable du Centre Nutritionnel des Thermes de Brides-les-Bains, nous éclaire sur cette croyance historique.
l'origine d'un mythe dépassé
"Au XIIe et XIIIe siècles, l’Europe était marquée par des croyances héritées de l’Antiquité. À cette époque, la théorie des humeurs, popularisée par le médecin grec Galien, dictait la médecine occidentale. Les aliments étaient classés selon leur nature: chaleur, froideur, humidité et sécheresse. L'équilibre de ces éléments était jugé essentiel pour maintenir une bonne santé", explique la diététicienne.
Les fruits étaient considérés comme froids et humides, liés à un excès de bile noire—un facteur craint pour divers maux. On pensait que leur consommation après les repas nuisait à la digestion d'autres aliments. Seule la poire, perçue comme une exception, était parfois tolérée pour sa capacité supposée à "faciliter" la digestion.
Cette notion était renforcée par l’idée que l'estomac fonctionne comme une chaudière, où les aliments sont broyés et cuits. Dans cette vision, les fruits exigeaient plus de temps pour être digérés grâce à leurs caractéristiques, augmentant ainsi la charge de travail de l'estomac.
Certaines exceptions existaient néanmoins, permettant aux fruits d'être consommés en association avec des aliments secs et chauds. Par exemple, un melon se combinait bien avec une tranche de jambon sec et un verre de vin cuit, équilibre censé compenser la nature humide et froide du fruit. Ce mythe, étonnamment, continue d’influencer nos habitudes alimentaires de nos jours.
du mythe à la réalité : faire le point
Actuellement, malgré les avancées des connaissances médicales, certains mythes demeurent. La croyance selon laquelle les fruits après un repas favoriseraient la fermentation est rapidement réfutée par Nathalie Negro : "le pH acide de l'estomac rend toute fermentation des fruits peu probable".
Cependant, elle prévient sur les risques liés à une consommation excessive de fruits. Bien qu'ils soient riches en nutriments, leur consommation excessive peut engendrer des calories et des sucres, notamment des triglycérides. "Il est préférable de ne pas dépasser 700g de fruits par jour", recommande-t-elle. Deux à trois portions par jour, ou environ 100 à 150 grammes à chaque fois, est l'idéal.
Pour les personnes diabétiques, il est conseillé de consommer des fruits en cours de repas afin de prévenir une montée brusque de la glycémie. Associer des fruits à un produit laitier peut aussi faciliter une absorption plus progressive des sucres. Il convient également de noter que certaines personnes pourraient éprouver des difficultés à digérer des fruits, en particulier celles qui sont intolérantes aux FODMAP, présents dans des fruits comme les prunes et les pêches.
terminer son repas par des fruits : les bienfaits
Même si des mises en garde existent, les fruits ont leur place dans une alimentation équilibrée. "Terminer un repas sur une note sucrée est essentiel pour beaucoup, aidant à éviter les fringales plus tard. Les fibres contenues dans les fruits curent également la sensation de satiété, bien qu’elles ne soient pas aussi rassasiantes que celles des légumes", souligne-t-elle.
Nathalie Negro recommande de privilégier les fruits frais aux compotes, pour bénéficier pleinement de leurs fibres. Évitez les jus de fruits, souvent riches en sucres et pauvres en fibres bénéfiques.







